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Le seul musée dont l’objet exposé fonctionne : la machine se met en marche avec une pièce, et cela change la façon même de faire connaissance avec la chose. Comme monument de la vie soviétique tardive, il est exact et honnête. Le Musée des arts forains, à Bercy, tient le même pari : une mécanique arrêtée n’est plus une mécanique.
« Bataille navale », « Gorodki », « Tireur d’élite », « Safari » — les machines marchent, elles ne sont pas sous vitrine ; et le distributeur d’eau gazeuse avec son verre à facettes.
Le seul musée d'architecture de Russie et l'un des rares au monde. On y conserve des fragments d'édifices démolis — les hauts-reliefs de la cathédrale du Christ-Sauveur, des éléments de la tour Soukharev : des pièces qui n'existent nulle part ailleurs, puisque les bâtiments ont disparu.
L'enfilade du corps principal du domaine Talyzine, avec les expositions ; la Chancellerie des apothicaires — des chambres du XVIIe siècle où l'on montre des fragments d'immeubles moscovites démolis ; des maquettes de projets jamais réalisés, dont des pièces liées au Palais des Soviets.
Il y a plus d'originaux au Louvre et au Metropolitan ; l'unique est ailleurs — la collection de moulages de Tsvetaïev, seul musée d'enseignement de l'histoire de l'art au monde intégralement conservé et fonctionnant encore selon le projet d'origine. En Europe, ces collections ont gagné les réserves au XXe siècle. À cela s'ajoutent les portraits du Fayoum et les objets des trésors troyens de Schliemann.
La collection didactique de moulages de sculpture antique et renaissante — le projet d'Ivan Tsvetaïev, sans équivalent par son ampleur ; les portraits du Fayoum ; des objets du trésor de Priam, découvert par Heinrich Schliemann à Troie ; la collection égyptienne. La peinture française des XIXe et XXe siècles se trouve à la Galerie, Volkhonka 14.
Les reconstitutions du vieux Moscou ne sont pas de la peinture mais un travail savant : Vasnetsov menait des observations archéologiques, et ses vues illustrent encore les manuels. Elles sont ici dans l’appartement même où elles ont été faites. C’est la restitution archéologique au sens où l’entendait Viollet-le-Duc : dessiner pour comprendre, non pour orner.
L’atelier du peintre, dans son état d’origine, et les vues du vieux Moscou — reconstitutions historiques d’Apollinari Vasnetsov, par lesquelles on se représente encore la ville médiévale.
à 1,8 km d’ici· Ruelle Fourmanny, 6, app. 21-22 (3e étage, interphone 22) ·
Les musées orientaux d'Occident se sont formés par la voie coloniale ; cette collection est née de collections privées nationalisées et d'expéditions soviétiques. D'où les sections d'Asie centrale, du Caucase, de Bouriatie et de Tchoukotka que ni Londres ni Paris n'ont : là-bas, l'Orient commence à l'Inde et à l'Égypte, ici à ce qui se trouvait dans le pays et à ses portes. C'est pour cela qu'on y vient.
Tapis et toreutique d'Asie centrale et du Caucase, transférés du Fonds national des musées ; peinture qadjare iranienne et carreaux de céramique ; bronzes et porcelaines de Chine, estampes japonaises ; une section coréenne rare en Russie ; sculpture bouddhique de Bouriatie et de Mongolie.
Le portrait moscovite de la première moitié du XIXe siècle n’est nulle part rassemblé d’aussi près. La valeur tient aussi à l’origine : une collection privée donnée à la ville — un cas d’école de la formation des musées russes. Le genre est familier à Paris : Cognacq-Jay, Jacquemart-André, la collection et son hôtel pris ensemble.
Des portraits de Vassili Tropinine et de ses contemporains moscovites, des œuvres de peintres serfs, le Biedermeier russe. La ruelle tranquille de Zamoskvorétchié et l’hôtel lui-même font la moitié de l’impression.
à 2,1 km d’ici· Ruelle Chtchetininski, 10, bât. 1 ··
Le meilleur intérieur conservé de l’Art nouveau moscovite : Chekhtel a bâti l’hôtel en 1900–1903 en le pensant jusqu’à la poignée de porte, et l’escalier en vague, coiffé de sa méduse, est ce pour quoi l’on vient ici plutôt que dans n’importe quel musée des arts décoratifs. Ce que Guimard a tenté au Castel Béranger — une seule main du plan jusqu’à la serrure — se voit ici achevé et, ce qui est plus rare, avec les meubles restés en place. À l’étage se cache un oratoire vieux-croyant qu’il était interdit de montrer, et il a survécu. La partie mémorielle — Gorki y vécut à partir de 1931 — est nettement inférieure à l’architecture, et il faut le savoir : on vient pour Chekhtel, non pour Gorki.
L’escalier en vague et sa lampe-méduse. Les vitraux et la frise de mosaïque aux orchidées le long de la façade. L’oratoire vieux-croyant à l’étage supérieur. Le cabinet et la bibliothèque de Gorki.
Moscou n’a pas de maison mémorielle de Pouchkine : il n’y a pas habité. La valeur de ce musée n’est pas dans l’authenticité des murs mais dans la plénitude d’une époque — un ensemble d’objets, de livres et de portraits qui restitue tout entier le temps de Pouchkine. Et c’est un temps où la noblesse russe écrivait ses lettres en français : les livres des vitrines sont en bonne part des livres français, et la salle du lycée se lit d’ici mieux qu’ailleurs. Pour les reliques, il faut aller à la Moïka, à Pétersbourg ; pour l’époque, c’est ici.
Les expositions permanentes « Pouchkine et son temps » (quinze salles dans le corps de logis) et « Les contes de Pouchkine » ; éditions parues de son vivant, portraits de son cercle, objets de la vie quotidienne du début du XIXe siècle.
Une collection commencée en 1894 par un particulier et devenue la plus grande collection théâtrale du monde — c’est le compte du musée, et il est difficile de le contester : un million et demi de numéros. Sa valeur tient à la continuité : le théâtre russe s’y suit de bout en bout, de la scène des serfs à aujourd’hui, et non par vedettes isolées. Ce que Paris a vu au Châtelet en 1909 et à l’Opéra les années suivantes fut dessiné par ces mains-là : les feuilles de Bakst et de Golovine pour les Ballets russes sont ici, et l’on y voit ce que la salle ne montre jamais, l’état antérieur à la représentation. Ce sont d’ailleurs des peintures de premier ordre — elles sont seulement inventoriées au théâtre. Le bâtiment principal a rouvert en 2024 après une longue restauration ; la composition de l’exposition permanente est à vérifier avant de partir.
Maquettes de décors et de costumes de Golovine, Bakst, Korovine, Exter et Tatline. Costumes et objets des grands acteurs. Maquettes de scène. Archives de théâtres et de metteurs en scène. L’hôtel de Bakhrouchine lui-même, bâti pour la collection.
Le plus grand fonds manuscrit consacré à un seul écrivain. La valeur est scientifique : on y voit comment le texte s’est fait — Tolstoï reprenait une phrase dix fois, et cela se voit à l’œil nu. C’est la matière même de la critique génétique, discipline née en France : ici les avant-textes sont sous vitrine. Pour la maison où il a vécu, il faut aller à Khamovniki.
Le fonds des manuscrits, avec des autographes de Tolstoï, des éditions parues de son vivant, des portraits et des photographies de l’écrivain et des siens. L’exposition suit les livres — d’« Enfance » à « Résurrection ».
à 2,3 km d’ici· Pretchistenka, 11/8 ··
· n° 7
Le point de 5 musées n’est pas posé. Ils ne sont pas dans ce compte.