Tata est posée sur l’eau : des sources karstiques jaillissent dans la ville même, l’Öreg-tó en occupe le milieu, et des moulins jalonnent les ruisseaux. Le visage baroque de la ville est presque d’une seule main : Jakab Fellner y a bâti quarante ans durant pour les Esterházy, et le château, les églises et les vieilles maisons sont son ouvrage. La liste repose donc sur deux appuis, les Esterházy et l’eau, et une demi-heure de marche mène d’un bout de la ville à l’autre. Ce qui compte ici, c’est la construction et le lieu : un château sur l’eau, un moulin sur un ruisseau, une maison d’été dans un jardin, une colline tranchée par les carrières où se lisent des dizaines de millions d’années.
Cinquante-six artistes et une centaine d’œuvres sur ce qui reste du baroque dans l’art d’aujourd’hui. L’exposition relève du Festival baroque de Tata et occupe la maison d’été du jardin anglais.
Un château posé dans l’eau, où Sigismond de Luxembourg tint sa cour et reçut des ambassades et où Matthias Corvin refit le palais à la manière de la Renaissance ; le musée du comitat y siège depuis 1954. La collection est née du cabinet des piaristes, commencé en 1765 par le comte Miklós Esterházy, et après Trianon elle resta la seule collection savante sur le moignon du comitat de Komárom : la société comitale était passée à l’étranger avec Komárom même. De là le matériel romain de Brigetio et d’Almásfüzitő, la pierre sculptée de l’abbaye bénédictine de Vértesszentkereszt, et la faïence à laquelle le musée doit le nom de Domokos Kuny. Une solide collection de province.
Le poêle vernissé vert aux figures de chevaliers — recomposé à partir de fragments trouvés dans une cave comblée au XVIe siècle, il rend le décor du palais au temps de Matthias Corvin. Le lapidaire romain, ouvert en 1955 — pierres de Brigetio et d’Almásfüzitő. Le lapidaire médiéval — sculptures de l’abbaye de Vértesszentkereszt. La faïence de Domokos Kuny (1754–1822). La salle des Chevaliers de 1815, avec les fenêtres néo-romanes posées pour les manœuvres impériales de 1897. Les expositions permanentes « Une ville naît » et « Les jours ordinaires au Moyen Âge ».
Le château des comtes Esterházy, au bord de l’Öreg-tó. Il ne possède rien en propre — le mobilier fut pillé après mars 1945 — et ce qui s’y trouve ne fait que recomposer l’ancien ; le décor des salles, en revanche, est d’origine. Ici, reculant devant Napoléon, l’empereur François Ier, qui fut Ferenc Ier comme roi de Hongrie, vécut deux mois et signa la paix avec les Français le 14 octobre 1809. Ici, en 1897, François-Joseph et Guillaume II logèrent ensemble pour les manœuvres impériales, et d’ici, le 2 mai 1849, Görgei lança ses troupes à la reprise de Buda. Et c’est ici qu’en 1921 Charles IV, dernier roi de Hongrie, se réfugia après sa tentative manquée de reprendre le trône : dans cette maison on l’arrêta, et de là il partit en exil. Il fut bâti par Jakab Fellner, architecte de cour des Esterházy, qui a bâti la moitié de Tata. Le domaine de Tata-Gesztes échut à la famille en 1727 ; la construction fut entreprise en 1763 par le comte Miklós Esterházy, ambassadeur de la cour de Vienne à Saint-Pétersbourg, et achevée sous son fils Ferenc dans la seconde moitié des années 1760 ; l’extérieur n’a pas changé depuis.
La maison de poupée des filles du comte — modèle réduit du château lui-même, et près d’elle les soldats de plomb des fils, rangés sur un relief exact de ces mêmes manœuvres impériales tenues à Tata. La grande salle à manger d’apparat, aux lambris restaurés et aux portraits des ancêtres ; puis le salon consacré aux Esterházy qui servirent dans la diplomatie. La bibliothèque, les appartements de la comtesse, ceux du comte au rez-de-chaussée. La chambre de la tour et la chambre dite de la Tente — ainsi nommées d’après leur peinture murale ; s’y trouve aussi la maquette du théâtre du château, et dans la pièce voisine un court film sur le passé musical de la maison : un orchestre permanent y fut entretenu dès 1806. Le tout va sous un seul nom, L’Île de la paix (A béke szigete).
Le jardin fut dessiné en 1783 pour les Esterházy par leur ingénieur Ferenc Bőhm autour du lac Cseke et passe pour l’un des plus anciens parcs paysagers de Hongrie. Dans sa partie nord, en 1801, on éleva des ruines artificielles sur un projet de Charles de Moreau, et on les éleva en pierre véritable : faisceaux de colonnes et vingt-quatre chapiteaux sculptés furent enlevés à l’abbaye bénédictine romane de Vértesszentkereszt, et une stèle romaine du IIIe siècle fut posée dans une niche. Une question s’ensuit, qu’il vaut la peine de poser au lecteur sans détour : un monument composé en démontant d’autres monuments, est-ce sauvegarde ou pillage ? Le jardin abrite d’autres fabriques — une Mosquée turque, deux griffons de pierre à l’entrée — et tout cela se restaure aujourd’hui dans le cadre du projet « Héritage Esterházy », mené avec Galanta.
Les ruines artificielles de 1801, sur un projet de Charles de Moreau : faisceaux de colonnes et vingt-quatre chapiteaux sculptés de l’abbaye de Vértesszentkereszt, une stèle romaine du IIIe siècle venue de la colline de Látó, posée dans une niche, des pierres tombales de Szőny. La Mosquée turque et les griffons de pierre de l’entrée. Le jardin de 1783 autour du lac Cseke, dessiné par Ferenc Bőhm. La maison d’été Esterházy se trouve dans ce même jardin.
Une synagogue reconstruite en 1861 dans le goût romantique sur les plans d’Ignác Wechselmann. Il n’y a dans la maison aucun accrochage permanent. Restent le bâtiment même et la mémoire d’une communauté que la ville n’a plus ; dans le jardin se dresse un monument aux victimes de la Shoah, de Mária Lugossy, inauguré le 18 novembre 2004.
Le bâtiment même — la reconstruction de 1861 sur les plans d’Ignác Wechselmann (1828–1903). Dans le jardin, le lieu de mémoire du comitat de Komárom-Esztergom et le groupe sculpté de Mária Lugossy, « À la mémoire des martyrs de tous les temps », de 2004. Il n’y a pas d’accrochage permanent ; la salle est laissée aux expositions temporaires.
La petite maison des Esterházy dans le jardin anglais — la plus ancienne construction du parc, élevée par József Grossmann en 1784 dans le goût Zopf ; on la fit pour la retraite, sans rien de la représentation. Au rez-de-chaussée, la peinture décorative d’origine a été retrouvée — une pièce de réception à paysage sur les murs, et une peinture linéaire dans les autres pièces. À l’étage s’est ouverte l’exposition « Le Jardin », où le jardin anglais est montré de quatre côtés : comme scène et comme paysage, comme parc populaire et comme collection.
La peinture décorative d’origine du rez-de-chaussée : la pièce de réception au paysage mural et la peinture linéaire des autres pièces — ce pour quoi la maison a été restaurée. L’exposition « Le Jardin » (A kert, 2026) à l’étage — le jardin comme scène, comme paysage, comme parc populaire et comme collection ; commissaires Máté Stegmayer, Mónika Kövesdi, Zsófia Szegleti et József Szűcs. Les pièces du rez-de-chaussée : la réception, le salon des dames, le cabinet du maître. La construction elle-même, de 1784, de József Grossmann.
La colline du Calvaire, entaillée par les carrières, se lit comme un livre ouvert : les fronts de taille ont été dégagés exprès, pour la science, si bien que des dizaines de millions d’années d’histoire de la terre y défilent. Le site est protégé depuis 1953 et compte depuis 1958 comme monument naturel d’importance nationale. On ne le parcourt qu’avec un guide : sans explication, un front de taille reste une pierre. On tire de la pierre de cette colline depuis cinq mille ans — les traces de l’extraction du silex à l’âge du cuivre y sont encore.
Les fronts de taille dégagés — des roches telles qu’il ne s’en forme plus aujourd’hui, et des phénomènes qu’un manuel ne peut que schématiser. Le parc de pierres — les roches constitutives les plus répandues de Hongrie, réunies en un seul parcours. Les traces de l’extraction du silex à l’âge du cuivre. Au sommet, une chapelle baroque et un calvaire, et près d’eux une tour de guet, la Söréttorony.
Des Allemands vivent dans ces contrées depuis le haut Moyen Âge, s’y sont établis par grandes vagues au XVIIIe siècle, et en 1946 on les a emmenés par convois ; il n’existe pas dans le pays d’autre musée de cette communauté. L’essentiel ici n’est pas l’ethnographie : l’exposition permanente de 2015, « Nous et les autres », démonte la façon dont une majorité se fait une idée d’une minorité — cas rare d’un musée de minorité qui s’attaque au mécanisme même. L’ICOM hongrois lui a décerné son prix pour cela en 2023.
L’exposition permanente « Nous et les autres » (Mi és a többiek, 2015) : la section Histoires — mille ans de rapports de l’État à ses minorités, déployés comme un fleuve avec ses bancs et ses barrages — et, en face, les souvenirs personnels confiés au musée par des personnes et des communautés ; la section Objets — ce qui a passé, selon les époques, pour un objet typiquement allemand. Le moulin Nepomuk de 1758, de Jakab Fellner : sa construction et son fonctionnement sont montrés au rez-de-chaussée. La statue de bois de Jean Népomucène en façade. Une réserve visitable dans l’ancien grenier. Du costume et des ustensiles qu’on attend d’un musée local, il y a ici moins que de discours.
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· n° 93
Notre échelle de valeur
La note est ici la nôtre — le jugement de ceux qui établissent ce catalogue. Elle parle de ce pour quoi l'on va au musée : là où il y a une collection, de la collection ; là où il n'y en a pas, du bâtiment, de l'ensemble ou du monument et de ce que l'on montre dans leurs salles. Ni la file dans la rue ni la sonorité d'un nom n'y entrent.
d'importance mondiale
Du même rang que les plus grands musées du monde.
remarquable
Vaut une visite faite pour lui seul.
notable
Il y a ici de quoi justifier la venue.
pour les passionnés
Il répond à qui vient pour le sujet même.
intérêt spécialisé
Précieux pour un cercle restreint et sans reconnaissance au-delà.
Une distinction à part
sous-estimé
Vaut plus que sa réputation : on le connaît moins qu'il ne le mérite
unique en son genre
Sans équivalent — ni dans le pays, ni ailleurs
à préparer
Sans lecture préalable cela se lit comme un ornement ; avec elle, tout s'ouvre
ici c’est calme
Pas de foule : on regarde à son rythme et seul
Comment nous tenons cette liste
Vérifié le 19 août 2026 — sur les sites des musées et les sources ouvertes. Chaque notice porte sa propre date et l'indication de ce qui a servi à vérifier. Un prix que nous n'avons pu confirmer est signalé comme non confirmé ; le précédent ne reste pas dans la notice.
Combien de temps — pour l'essentiel, selon notre itinéraire minimal. Le café, la boutique et la file au vestiaire n'y sont pas comptés. Faire tout le musée prend presque toujours plus de temps.
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18 mai — Journée internationale des musées, célébrée depuis 1977 ; dans la nuit du 17 au 18 mai, la Nuit des musées. Ces jours-là les musées suivent un horaire particulier et l'entrée est souvent gratuite.
Si nous nous sommes trompés
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